Revue de presse Rendez-vous d’automne des médias communautaires:
L’union fait la force
par Bryan St-Louis
Impact Campus, 14 novembre 2006
Radio, journaux et télévision: les médias communautaires et alternatifs auraient tout intérêt à s’unir pour faire valoir leurs revendications auprès des gouvernements, ont conclu les participants à l’évènement Rendez-vous d’automne: Les médias communautaires résistent et signent.
Une union qui n’est pas encore chose faite, si on se fie aux médias inscrits au colloque, organisé conjointement par la radio CKIA FM et le journal Droit de parole. Si une vingtaine de médias, une dizaine de groupes communautaires et près d’une centaine de participants de toute la province ont assuré le succès de l’événement, qui a eu lieu toute la fin de semaine au complexe artistique Méduse, un bémol important demeure: une seule télévision communautaire a répondu à l’invitation qui a été lancée.
Bâtir un front commun pourrait pourtant être un atout non négligeable pour les médias communautaires. Au cours du colloque, les éternels parents pauvres de l’univers médiatique ont bien sûr parlé de sous-financement. Ils ont considéré avec intérêt la possibilité de se regrouper pour faire des revendications auprès des gouvernements. «Si on n’a pas la force économique, nous avons la force de nous mettre ensemble», a rappelé Pierre Mouterde, professeur au cégep de Limoilou et animateur au site Internet Presse-toi à gauche.
Véritable catalyseur de débats sociaux, c’est la saga entourant la station de radio CHOI FM qui est à l’origine des Rendez-vous d’automne. « On s’est demandé pourquoi les médias communautaires et alternatifs n’avaient pas uni leurs voix et fait une riposte commune contre la radio poubelle», se rappelle Ève-Marie Lacasse, une des coordonnatrices du projet. Vient alors l’idée de réaliser ce qui n’avait pas été fait depuis des lustres, c’est-à-dire réunir l’ensemble des médias communautaires et alternatifs de la province pour discuter et réfléchir autour de leurs problèmes communs et créer des liens plus forts entre eux.
Le fantôme de CHOI FM et la montée de la droite dans la région de Québec n’était jamais bien loin lorsque venait le temps d’amorcer les débats. Si le souvenir était bien présent pour les gens de la Vieille Capitale, il rejoignait moins certains. «Je sens que les médias de Québec sont insatisfaits», a constaté Isabelle Voyer, coordonnatrice de la Télévision communautaire des Bois-Francs, à Victoriaville.
La place des médias communautaires, traditionnellement de gauche, par rapport aux médias de masse, souvent à droite, a d’ailleurs animé les discussions. L’écrivain Alain Beaulieu a rappelé que «les médias communautaires étaient autrefois amalgamés à la gauche, mais ce n’est plus toujours le cas», en faisant référence à CIMI FM, la radio communautaire de Charlesbourg, où l’on a pu entendre André Arthur.
Nancy Gagnon, directrice de CKRL, a par contre rappelé le rôle des médias communautaires: «Il est important de présenter un contre-discours. La droite a déjà sa place dans les médias de masse, alors oui: on est plus teintés par le progressisme, la gauche. Mais on ne cherche pas non plus la pensée unique. On accepte la pluralité.» Ce penchant ne doit cependant pas empêcher la rigueur, selon Isabelle Voyer: «Il faut aussi rester critique pour la gauche.» Gilles Simard, du journal Droit de parole, a proposé que «nous apportons aux gens les éléments pour cheminer.»
Les temps ont changé: les médias communautaires ne sont plus là pour faire la révolution. «J’ai des ambitions plus modestes maintenant, je cherche surtout à devenir un acteur efficace dans la communication», a avoué Andrée Pomerleau, ancienne directrice générale de CKIA FM.
Les médias communautaires sont à une étape charnière. Les vieux routiers ont maintenant vingt ou trente ans d’expérience dans leur média et une nouvelle génération se taille une place de plus en plus importante. «Nos effectifs se renouvellent. La mission de la station continue de rejoindre les gens», a constaté Ernst Caze, directeur général de CKIA FM.
Une mission qu’ils ne sont toutefois plus les seuls à remplir. Avec les nouvelles technologies, la concurrence est très présente: «Des petits médias émergent: des sites Web, des blogues, des forums. Il y a maintenant plusieurs moyens de contourner les médias traditionnels pour s’exprimer», affirmait en début de colloque François Bourque, journaliste au Soleil. |