Pourquoi un tel Rendez-vous? (supplément)

Médias de masse à la moulinette, médias communautaires et alternatifs à l'avant-plan!

Marchandisation de l'information

La si connue marchandisation de l'information n'est   pas totalement nouvelle : les médias sont depuis longtemps des entreprises dont le financement dépend de la publicité et de chiffres de vente. Et les concentrations des médias   n'ont cessé de se développer : au Québec, pensons un instant à Power Corporation, Québécor, Astral Médias ou Conrad Black... Ce qui est nouveau c'est l'ampleur des concentrations, leur caractère transnational et surtout leur rôle. Les entreprises médiatiques ne sont pas la proie des concentrations et de la mondialisation capitalistes : elles en sont des acteurs. Ce ne sont pas seulement des entreprises multimédia, mais des pieuvres tentaculaires qui déploient leur activité dans des domaines de plus en plus étendus - des ventes d'armes (ou de béton) à la bande dessinée, de l'information aux parcs de loisir - et qui essaient d'imprimer un style de vie liés à leurs «marques» (et aux ressources publicitaires qu'elles escomptent). Ce ne sont pas seulement des entreprises concentrées, mais des entreprises cotées en bourse : elles ne se bornent pas à viser une rentabilité nécessaire à leur survie ou à leurs investissements, mais cherchent à dégager des profits à des taux comparables à ceux des autres secteurs d'activité. Leur premiers clients et premières clientes, ce sont les actionnaires et les publicitaires. Enfin, et par conséquent, ce sont des entreprises qui tentent de «formater» la pensée et l'imaginaire d'une clientèle dont les besoins et les aspirations sont façonnés pour constituer une «demande».

La   prétendue puissance inébranlable des médias de masse

Cela dit, il ne faut pas prêter aux médias la conscience qu'ils n'ont pas et plus de puissance qu'ils n'en ont. Les chiens de garde de l'espace médiatique ne sont ni des marionnettes entièrement tenues par les fils du capitalisme, ni des sujets omnipotents, maîtres d'un jeu dont ils fixeraient seuls les règles. La puissance qu'ils s'attribuent est moindre que celle qu'ils exercent ... ou qu'ils exerceraient si on ne leur attribuait pas le pouvoir qu'ils revendiquent quand ça les arrange et qu'ils récusent quand ils sont contestés Et les médias eux-mêmes ne sont pas des machines savantes qui broient tout sur leur passage. La puissance des médias n'est pas si grande qu'on le croit communément et ne s'exerce pas comme on le croit communément.

Elle n'est pas si grande : il faut abandonner les schémas insistants qui leur attribuent la capacité de modeler à leur guise les représentations et les comportements. Les lecteurs et lectrices, auditeurs et auditrices, téléspectateurs et téléspectatrices ne sont pas des éponges que l'on imbibe de n'importe quoi ou des chiots que l'on dresse n'importe comment. Mieux : la puissance même des médias dépend largement de la croyance dans leur puissance : c'est cette croyance qui leur donne un pouvoir important en leur prêtant plus d'efficacité qu'ils n'en ont et en leur donnant, du même coup, un pouvoir que, sans cette croyance, ils n'exerceraient pas sur les «masses».

Les médias communautaires et alternatifs : pour se réapproprier l'information

C'est pour réagir à ce contexte lamentable que les médias alternatifs et communautaires ont commencé à voir le jour dans les années 1960. À cette époque, les innovations technologiques favorisèrent le développement de projets de communication collectifs. Dans les années 60 et 70, partout dans le monde, on commença à développer des projets de vidéos et de stations de radios locales et communautaires, contre l'hégémonie et les limitations des médias traditionnels. Ces projets bénéficièrent de la révolution que provoqua l'apparition des transistors, des transmetteurs FM, de la vidéo. De cette époque datent les «  radios pirates  » au Royaume-Uni, les «  radios libres  » en France, les télévisions, les radios et les journaux communautaires au Québec. Droit de parole et CKIA ont surfé sur cette vague de réappropriation collective des outils de transformation que peuvent être les médias, lorsqu'utilisés de façon non-commerciale et non-conservatrice. En effet, les deux médias organisateurs du «Rendez-vous d'automne Des médias communautaires résistent et signent!» existent depuis les années 1970. Ces deux médias ont créé afin de suppléer au fait que les médias de l'époque passaient sous silence les initiatives populaires, les mobilisations et contestations ainsi que les luttes sociales.   Afin de faire connaître la réalité vécue par ceux et celles qu'on voulait invisibles, des gens comme vous et moi se sont regroupés afin de mettre sur pied des projets de médias appartenant aux classes populaires et produisant de l'information relatives à leurs conditions de vie et de travail, tout cela dans le but de lutter contre toute forme d'exploitation, de discrimination et d'oppression. Suite à cette vague, dans les années 1990, les médias alternatifs électroniques ont aussi profité de la numérisation de l'information et de l'accessibilité d'Internet pour s'imposer comme acteurs importants des contestations sociales et politiques contre l'ordre capitaliste néolibéral.  

L'impact des médias communautaires et alternatifs est lié à la possibilité d'une plus grande appropriation par ceux et celles qui les utilisent, tant comme individus que comme communauté ou groupe actif. Ces médias utilisent les technologies appropriées pour mener à leur terme des projets s'opposant à la crise de représentativité des systèmes politiques existants et constituent une résistance face aux grands médias. Il s'agit de processus de contre-information et de processus de communication sociale que réalisent les communautés impliquées dans ce processus de gestion collective et démocratique d'un média. Les médias à vocation communautaire sont garants du pluralisme des médias, de la diversité de leur contenu et de la représentation de divers intérêts et groupes sociaux. Ils permettent d'instaurer un libre dialogue, une gestion transparente et offrent une tribune aux sans-voix. Ils ont pour fondements les principes de la prise de parole publique et de la mise en commun des expériences et de l'information. Il s'agit aussi de permettre à des personnes, en devenant des acteurs et actrices de l'information, de se rendre compte qu'ils et elles peuvent également prendre les commandes d'autres aspects de leur vie, qu'ils et elles laissaient jusqu'à présent aux expertEs ou aux professionnelLEs.

Ainsi, par le biais de médias alternatifs et communautaires, on peut voir des sans voix qui    reconquièrent une parcelle fondamentale de pouvoir sur leur vie en s'érigeant comme producteurs-trices de contenu plutôt que comme consommateurs passifs ou consommatrices passives d'information. Que quelques unes montrent que «c'est possible» et c'est déjà le rendre réel. Qu'attendons-nous ?