Samuel Roy-Bois
L'espace qu'il y a
..."Le plus grand traumatisme humain provient du fait qu'il soit impossible de tenir l'univers dans le creux de sa main, que le tout nous entourant se disloque, se divise et se subdivise, se redisloque, pivote et fuit par les fentes du plancher, glisse le long de nos jambes pour s'enfoncer dans la terre humide. La réalité fait tout ce qu'elle peut pour s'enfuir."S. R.-B.
L'espace ne préoccuppe pas que les cosmaunautes ou les artistes; tous les êtres humains, qu'ils en soient conscients ou non, sont assujettis à l'étendue des lieux qu'ils occupent. Ces considérations sont à la base du travail de Samuel Roy-Bois. Le lieu habité, la superficie, la distance, l'écart sont autant d'aspects fondamentaux de l'être et de son milieu que l'artiste aborde en faisant se rencontrer l'espace d'exposition et l'espace d'habitation.
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Dans un perpétuel va-et-vient entre le jeu et le sens, un trajet nous conduit en des lieux précis exerçant autant de dilatations que de compressions, tel un système digestif qui nous avale, nous broie et nous recrache.
Cependant, il na faudrait pas limiter l'oeuvre de Roy-Bois à cette seule métaphore; car son travail maniaque et démesuré contient toute la fraîcheur des souvenirs de l'enfance, où les mondes bâtis avec presque rien transgressent les principes stricts de la construction et portent en eux des dimensions d'infini menant au rêve et au plaisir.
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C'est dans le cadre du programme artiste en atelier que Samuel Roy-Bois présente le fruit d'un travail élaboré à l'Atelier de l'il de Poisson. Jeune artiste de Québec, il a déserté lacapitale pour compléter des études de maîtrise à l'Université Concordia de Montréal. En 1997, il exposait à l'Espace 16-25 à Lausanne, puis dans la petite galerie de l'il de Poisson. Il est aussi bassiste au sein du groupe Motocross.
Propos d’artistes
Entrevue avec Samuel Roy-Bois
par Nadia Seraiocco
Nadia Seraiocco : Tout au long de tes études de premier cycle en arts visuels, tu as pratiqué la peinture. Quelles sont les raisons qui t’ont poussé à abandonner (enfin presque) la peinture ?
Samuel Roy-Bois : Quand je faisais de la peinture, j’avais pris des positions pratiquement radicales, j’avais une espèce de corpus. Je peignais seulement avec le noir, il y avait un corpus d’objets qui était composé seulement de quelques éléments, il y avait un vase, une tête, une pierre, une poule et un bâton. Je m’amusais à faire des compositions avec ça, à jouer avec l’espace. C’était en fait des grands tableaux blancs avec les objets dessus. Je tenais à mon corpus, à cette idée, mais après 50 tableaux comme ça – en fait après ma première exposition – , j’étais saturé...
Or, après avoir constaté que ce projet pictural avait ses limites, comment s’est faite la transition de la peinture à l’art installatif ?
Je me souviens de la journée où j’ai décidé de faire le contraire, c’est-à-dire de peindre vraiment n’importe quoi. C’est une période de quelques mois où j’ai décidé de faire des assemblages de choses incongrues, ce n’était pas tout à fait de la peinture, plutôt de l’installation, mais il y avait de la peinture. Autrement dit, j’essayais de me servir autant des méthodes plus traditionnelles – représentation, figuration – que de l’installation, cela sans aucune limite. Là, j’ai senti que quelque chose d’autre s’ouvrait à moi. J’avais trouvé difficile avec la peinture de rejoindre les gens. J’ai l’impression qu’avec la peinture il y a toujours une distance ; les gens regardent, restent loin, ils ne sont que spectateurs. Avec la sculpture, les gens sont obligés de se déplacer, de bouger, de participer...
Et si nous parlions plus précisément de l’installation L’espace qu’il y a, que tu as réalisée en août 1999 à l’Œil de Poisson. Comment l’inscrirais-tu dans cette recherche et à quel moment arrive-t-elle dans ta démarche installative ?
Ce que j’ai fait à l’Œil de Poisson suivait vraiment ce que j’avais réalisé dans la petite galerie en 1997. C’est à ce moment que j’ai découvert que la façon de structurer l’espace changeait vraiment notre perception des choses. C’est là que j’ai commencé à m’amuser avec la transformation des lieux, avec la construction de nouvelles structures qui transforment l’architecture et créent de nouveaux lieux.
Dans L’espace qu’il y a, la motivation était un travail sur l’espace, sur l’architecture. Ce questionnement sur l’espace, sur les structures qui nous entourent, se retrouve chez plusieurs artistes de ta génération, pensons par exemple à BGL. Comment décrire ton questionnement : est-ce universel ou générationnel ?
L’idée derrière ça, c’était de démontrer que l’architecture peut nous aider à nous situer, à nous faire nous sentir bien dans l’univers... Le fait d’avoir des structures autour de soi, ça permet de penser différemment, de se poser des questions moins vastes, peut-être même de penser un peu moins à l’infinitude des choses. Pour ce qui est du rapprochement avec les artistes contemporains, encore là, c’est vieux comme le monde de vouloir mettre des barrières architecturales, pour limiter, voire isoler certains éléments. Le questionnement sur l’espace est très vaste, mais nous ramène aussi aux gens que nous côtoyons, à l’espace de l’Autre, à ce que l’autre pense...
Nadia Seraiocco vit et travaille à Montréal.