Image : Robert Divers HerrickL’artiste Jota Mombaça présente Ghost 25 : if you can’t be free. Le fleuve Saint-Laurent a été un lieu d’interactions d’un vaste ensemble de corps : ceux des Iroquois du Saint-Laurent, des Wendat, des Innu et d’autres nations qui ont navigué à travers le territoire, ceux des Français, puis des Anglais, amenant avec eux la colonisation, ceux des esclaves amené·e·s de la Guinée ou de la Louisiane. Plusieurs siècles plus tard, dans l’un de ses affluents – la rivière du Sud –, c’est aussi là que Jota Mombaça a plongé ses tissus, ses « corps d’eau ». Iel explore ainsi ce qu’iel qualifie de « radicalité de l’engloutissement ». Marqué par l’eau et le vivant qui l’habite, le textile témoigne d’une liberté – celle des courants – en opposition à la violence de la colonisation, de la traite des esclaves, de la mondialisation et de la production industrielle. Si l’œuvre résonne intrinsèquement avec le lieu où elle a été formée, elle défie aussi l’idée d’une localité restreinte.
Créant une enceinte close, les tissus évoquent l’enfermement à la fois politique – alors qu’on observe un durcissement des stratégies gouvernementales – et architectural – l’œuvre se situant dans une ville caractérisée par ses remparts. Tel un vaisseau fantôme, le textile nous laisse aussi l’impression de quelque chose de hanté, tandis que s’y inscrivent les traces des performances passées.